Aujourd’hui le monde du travail est celui que nous connaissons depuis toujours. On engage un chauffeur routier parce qu’il a un permis de conduire, parce qu’il est en ordre de formation continue obligatoire, parce qu’il a un permis A.D.R. On engage un électricien pour ses compétences en électricité ou encore un maçon parce qu’il sait manier la truelle mais, à aucun moment, on ne va engager un chauffeur ou un autre travailleur en fonction de la nature et de la charge de travail qu’il va devoir réellement effectuer. C’est un peu comme si le travailleur possédait un interrupteur ON/OFF dans le dos et qu’il suffisait de l’actionner : position ON pour sa journée de travail et position OFF à la fin de sa journée de travail. Oui, les travailleurs sont considérés, depuis toujours, comme des « machines à produire » !

Nous devons pouvoir dépasser ces clichés et imaginer autrement le monde du travail de demain. C’est le cas pour tous les postes de travail dits « postés ». Ceux pour lesquels les horaires de travail varient de jour en jour ou de semaine en semaine.

Il y a deux solutions pour résorber ce problème. Et une fois que ces deux solutions sont étudiées dans les entreprises, des barrières jusque-là infranchissables deviennent beaucoup plus facile à franchir…

La première solution est d’adapter les horaires de travail en fonction du chronotype de chacun. Si dans le transport routier ce genre de situation parait peu réalisable, dans beaucoup d’autres secteurs, il serait possible d’instaurer une fourchette d’heures d’arrivée. Certaines entreprises, généralement des filiales de groupes américains ou japonais, laissent le choix de l’heure d’arrivée à leurs employés. Ceux qui commencent plus tard, finissent tout simplement plus tard. Ceci a aussi des conséquences positives car l’entreprise a une plage d’ouverture plus importante qu’en imposant un 9h-17h pour tout le monde, par exemple.

La deuxième solution est de choisir la bonne personne ou plutôt la personne ayant le « bon chronotype » en fonction de la nature et de la charge du travail à réaliser. Si nous prenons une personne qui est « du soir » et qu’on lui fait faire des prestations qui commencent à 4h du matin, c’est-à-dire l’heure à laquelle elle se couche habituellement, il est évident que cette personne ne sera pas dans un état optimal pour effectuer son travail. Ce genre de situation favorisera l’apparition d’absences de vigilance.

Tout ceci est inscrit dans nos gènes et constitue notre horloge biologique. Pour changer cette horloge biologique, c’est excessivement compliqué. Il est possible de modifier ces paramètres en utilisant la lumière et la prise de mélatonine (une hormone du sommeil). Pour être efficace, ce processus doit s’étaler sur plusieurs semaines. Il est donc impossible à mettre en place lorsque le travailleur doit effectuer des pauses ou s’accommoder d’horaires décalés ! Ceci dit, lorsque la personne ne sera plus traitée à la mélatonine, elle reprendra naturellement le rythme de son cycle biologique.

Pour pouvoir réaliser cet objectif, les recruteurs devraient intégrer dans leurs questionnaires d’engagement l’aspect de l’horloge biologique du travailleur. Deux simples questions devraient suffire dans un premier temps. Ces questions pourraient être : est-ce que vous vous sentez mieux le matin ou l’après-midi ? Quand vous êtes en vacances, à quelle heure vous levez-vous habituellement 5-7h, 7-9h ou 9-11h ? Il est certain que ce genre de questions sur la vie privée du travailleur soulèveraient un tollé dans les autres syndicats, un peu plus conservateurs que le nôtre. Si nous avons décidé de développer un syndicat plus moderne et certainement axé sur les connaissances scientifiques et les nouvelles technologies, c’est aussi pour faire évoluer le débat. Notre but ultime étant d’éviter des accidents du travail et de la vie privée.

Certaines personnes ont un syndrome de phase. Cela signifie qu’elles vont pouvoir travailler jusqu’à 4 ou 5 heures du matin car c’est à ce moment-là qu’elles sont les plus efficaces.

Pour résumer ce chapitre très important, ne demandez pas à un lève-tard d’être à 100% opérationnel dès 6h du matin et inversement, ne demandez pas à un lève-tôt d’être efficace lors de prestations en soirée ou de nuit.

Pour ce qui concerne les secteurs d’activité qui demandent une grande attention du personnel, comme c’est le cas dans le secteur du transport de marchandises et de voyageurs, quelqu’un qui prendra son poste de nuit alors que c’est un lève-tôt ou inversement, qui prendra son poste

à 6h du matin alors que c’est un lève-tard, développera plus régulièrement des absences de vigilance.

Oui, n’ayons pas peur de dire que les méthodes actuelles de recrutement ont une part de responsabilité dans certains types d’accidents.

 

 

Ouvrez les yeux pour ne pas devoir les fermer à tout jamais !